12 hommes en colère, retour sur un chef-d'oeuvre

Certaines pièces ont plus de poids, de saveur et offrent plus de décharge émotionnelle que d'autres. 12 hommes en colère fait partie de ce panthéon théâtral comme cinématographique. On en reparle.




Le pitch est pourtant archi connu, alors pourquoi à nouveau en parler ? Le film a été vu et revu au cinéma. Au théâtre, la pièce est sans cesse remontée, revisitée et adaptée.




Cet automne, elle avait pris ses quartiers au Théâtre Hébertot jusqu’à la fin 2017. On pourrait être blasé. Or il n’en est rien. Quel est le secret ?

Un huis clos magistral

L'essence du succès est là. Dans le huis clos. Et dans le sentiment de porter sur ses épaules le poids et même plus, la charge d'un accusé. Le destin d'une victime. Le doute d’une culpabilité ou d’une innocence. 



Ici, de cela pourrait en sortir un jugement facile, à l’emporte pièce, sans considération de l’accusé tant les faits sont flagrants et plaident contre lui.

Et puis non. La réflexion puis l’humanité l’emporte dans la froide analyse des faits. Malgré tout.

Le chef-d’oeuvre de Reginald Rose, créé en 1953 nous rappèle à quel point les préjugés et l’intolérance peuvent aveugler et sont l'arbre qui cache la forêt de la vérité. 

Seul contre tous

Outre l'atmosphère oppressante, la force réside surtout dans un personnage qui s'élève dès le début de la délibération. Et qui demande à parler, puis questionner, quand tous sont déjà persuadés. Seul contre tous.

Adapté au cinéma en 1957 par Sidney Lumet, le film met en lumière la présence extraordinaire de Henri fonda. Un rôle qui a laissé une empreinte indélébile dans l'histoire du cinéma. 




La pièce que l'on retrouve cette année au théâtre Hébertot porte encore plus loin le message. Dans une nouvelle adaptation de Francis Lombrail, et sous la mise en scène exceptionnelle de Charles Tordjman, elle touche encore plus juste. 



La simplicité du décor et les lumières subtiles apportent encore plus de force à ce huis cols.

Face à la réalité

Et le regard est encore plus fort lorsque l'on a, comme moi, vécu le confinement de juré d'assises. 



Considérer les faits, les témoignages, peser les dépositions, analyser les argumentations de La défense et de la partie civile. Suivre les réquisitions. Autant de moments particulièrement forts durant le procès.

Mais c'est sans compter sur les délibérations. avoir devant soi les pièces à conviction. Être reclus dans une salle avec les autres jurés. Echanger. Discuter. Et procéder au vote. 

Depuis que J'ai vécu cette situation, cette pièce a pour moi encore plus de force. Je la vois avec un autre regard. Empreint d'encore plus de gravité. 


La force de la responsabilité 

Chaque juré pénètre dans le tribunal avec ses convictions avec des préjugés que l'on traîne comme un poids. 

Difficile de poser à la porte d'entrée ses valises d'idées reçues. C'est alors un effort que de s'en extraire.

Le succès de la pièce, comme du film, leur texte nous le rappelle, c'est d'avoir cette force intemporelle. Qui nous ramène à notre propre responsabilité.

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