LACN n°5 septembre-octobre 2002 : Zoom en direction de l'Asie

Jusqu'à présent, lorsqu'on demandait à un asiatique ce qu'évoquait pour lui le cinéma français, il vous répondait invariablement "oui, oui, Alain Delon, très bon, très bon" et aussitôt il s'empressait d'exhiber fièrement devant votre air dubitatif, un briquet Alain Delon, une eau de Cologne Alain Delon, une boite de 30 mouchoirs Kleenex Alain Delon, un convertisseur Euro Alain Delon et un lot de serviettes hygiéniques Alain Delon, après quoi on comprend pourquoi cet homme est une star là bas puisqu'il arrive même à toucher les femmes au plus profond d'elles-mêmes. Mais heureusement, après tant de débordements, les choses sont peut être en train de changer... 





Tora Tora Tora !

Depuis deux ans le cinéma français a passé la vitesse supérieure et tente de séduire davantage le marché asiatique.

Alain Delon a été remplacé par les jeunes gloires montantes du cinéma français (en cherchant bien, on peut en trouver quelques unes, vous avez 2 mois pour cela) et l'on présente davantage de films français dans les salles, et plus seulement des films d'auteurs.

Après le festival du Film Français de Yokohama, qui a fêté son dixième anniversaire cette année du 14 au 23 juin dernier, voici un petit état des lieux.


Les français par la petite porte

C'est par la petite porte que les succès français de sont propagés ces dernières années et que la French Touch a acquise sa notoriété.

Compartimenté pendant longtemps aux salles d'Art & Essais, avec notamment le honteux film de Claude Chabrol "Merci pour le chocolat", c'est d'abord grâce aux films de Luc Besson que le spectateur japonais a été sensibilisé à nos blockbuster franchouillards.

Puis des films comme "Doberman", "Les rivières Pourpres" et surtout "Taxi" ont achevé de faire venir les japonais en nombre dans les salles et d'assurer la crédibilité du cinéma français.

Aujourd'hui Luc Besson fait toujours autant recette, avec en particulier sa filiale de production qu'il a créée ici et qui distribuera "Taxi 3" en février prochain.

Taxi a d'ailleurs été précurseur en la matière puisqu'il est sorti dans plusieurs réseaux à la fois et a ouvert la voix à d'autres productions comme "Vidocq" ou "Le pacte des loups" sorti avec 100 copies.

L'effet boule de neige s'est fait rapidement sentir, le succès d'un film entraînant une plus grande distribution pour le film suivant.

Les prochains cartons prévus au japon sont "Astérix et Obélix mission Cléopâtre" d'Alain Chabat (qui s'est fourvoyé avec l'insignifiante Ophélie Winter) et "Le boulet" présentés tous les deux à Yokohama. 

Pour tous les goûts japonais

Le cinéma français offre à vrai dire une double facette qui semble plaire aux spectateurs nippons, par ailleurs très cinéphiles : d'un côté des films à grand spectacle et de l'autre des films qui se cantonnent dans une registre plus culturel destinés à être diffusés dans un faible nombre de petites salles art et essai.

C'est le cas de "Amélie Poulain" sorti dans une seule salle Art & Essai et qui a vu sa distribution passer à 115 copies, générant plus d'un millions d'entrées en fin de carrière, grâce à un bouche à oreille très favorable.


Un marché mature très cinéphile, tant en matière de documentaires que de courts ou longs métrages, un réseau de distribution marketé grâce à des accords passés avec des distributeurs français, plus des spectateurs francophiles, autant d'ingrédients qui permettent au cinéma français de tirer son épingle du jeu au pays du soleil levant.

Un marché coréen différent

Radicalement différent par sa jeunesse, le marché coréen s'ouvre avec peine au cinéma étranger.

Le Festival du Film Français de Séoul ne compte que deux ans d'existence et tout reste à mettre en place, à commencer par l'éveil des cinéphiles coréens.

En premier lieu, les salles donnent la priorité aux films destinés à un public jeune et évidemment le cinéma coréen se taille la part du lion (plus de 50% de part de marché) et laisse peu de place aux films étrangers.

Et c'est encore moins le cas pour les films d'art et essai, contrairement au marché japonais, d'ou un champs d'expression restreint pour le cinéma français.

Voilà pourquoi l'organisation de ce type de manifestation peut permettre à terme d'ouvrir davantage ce marché aux productions françaises face aux films du cru et aux productions étrangères majoritairement américaines.

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