William Conrad est Cannon, un flic de poids

Pénétrons l’intimité d’une série TV monumentale que tout le monde a oublié, mais qui pourtant reste gravée dans l’inconscient collectif tant des générations de jeunes ont été bouleversées au point de commencer un régime. Quoi ? Maïté ? Non, Frank Cannon !

william conrad est frank cannon dans cannon pour lacn



Un flic de poids


Eh oui, qui se souvient de « Cannon » créé dans les années 70 ?

Frank Cannon est en effet le Maïté masculin des détectives privés. Tous les deux ont comme point commun un goût prononcé pour la bonne chair et 130 kilos de bon cholestérol. Là s’arrête la comparaison.

Cannon est la série de poids qui a fait l’effet d’une bombe à son apparition sur les écrans en 1971. 

Comment pouvait-on imaginer à l’époque donner le rôle principal d’une série policière américaine à, disons le clairement, un gros ? 


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Ce challenge n’avait pas été tenté auparavant et c’était bien là la révolution, car il fallait vraiment oser. Cela impliquait tellement de conséquences dans l’organisation, l’écriture, la conception et la réalisation de la série.

Et comment le public allait l’accueillir, ce gros boulimique d’enquêtes ? Sans parler du public qui attendait des courses poursuites en voitures de sport, des cascades sur des échafaudages en bambou et des bagarres au couteau dans des bars enfumés. Ils allaient être certainement sur leur faim ? 

On allait avoir un rythme aussi palpitant que les séries de Maigret et des cinq dernières minutes ? Et comment allait-on pouvoir faire bonne figure devant ce vieux crade vicieux d’inspecteur Columbo

Un cahier des charges innovant

Franchement le pari était loin d’être gagné et toutes ces questions et ces réticences circulaient dans les têtes des concepteurs et surtout des producteurs au moment de signer le bon de commande.

La réponse était simple ; la série devait être créée totalement sur mesure pour le personnage principal, quitte à inverser complètement les codes du petit monde Hollywoodien de la série TV. C’est donc ce qui s’est passé.


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Cannon, c’est en effet le seul détective privé qui ne respecte pas les canons hollywoodiens, le seul totalement à contre courant. Avec Cannon, on est bien loin du beau gosse de service, et on se pose un gros tas de questions :

Où est la secrétaire sexy ? 

Eh oui, Cannon arrive à s’en passer alors que tous les autres en ont une, à commencer par Mike Hammer qui, quelques années plus tard, en aura une avec un prénom de cachet d’aspirine, arborant des mini jupes fendues et multipliant les poses arrogantes et sexy pour émoustiller son collègue qui l’ignore crassement. Un résultat dévastateur sur l’audience !


Comment fait-il pour mener ses enquêtes sans respecter la règle d’or ? 

Oui, « La Règle d’Or », celle que toute bonne série de détective privé doit respecter. Pour vous qui n’êtes de toute évidence pas au courant de cette fameuse règle, LACN vous rappelle La Règle d’Or : 
Tout bon détective de série TV doit pouvoir sortir avec sa cliente à la fin de l’épisode ». C’est la Règle d’Or (Source : Encyclopédie des codes de la série TV de détective privé, Vol 2, 1970 à 1989). 

Et cette règle s’applique particulièrement au moment du règlement des émoluments du détective ; à savoir lors du paiement par chèque + les extras payables en nature par la cliente (ce sont les frais de bouche…). 

Eh bien, figurez vous que notre héros se fait un malin plaisir de ne sortir avec aucune de ses clientes. Quelle déception. 

Il faut dire que dans la plupart des cas, ce sont souvent les clientes qui font des avances aux détectives (souvent pour faire baisser les tarifs fort élevés des prestations). Elle tombent de surcroît très souvent follement amoureuses de leur détective parce qu’il est grand, beau et fort. 


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Cannon, lui, reste hors des canons, d'autant plus que ce n'est pas un canon, il ne porte pas de short en jean serré aux cuisses, il n’exhibe pas derrière une chemise hawaïenne ouverte les poils de son torse musclé et huilé d’ambre solaire. 

Il n’a pas non plus la lèvre inférieure charnue prête à se jeter éperdument sur la première bouche féminine qui se présente. 

Eh oui, en général la cliente typique du détective privé est une bouche jeune, veuve désespérée entre 25 et 35 ans, mesurant entre 1m65 et 1m75, et accessoirement arborant un tour de poitrine de 90 C minimum, ce qui permet d’assurer un audimat élevé à chaque épisode.

Où sont les courses poursuites en voiture, les cascades, et les bagarres mémorables, généralement dans des ruelles étroites ou des bars ?

Avec Cannon, une seule apparition, un seul regard noir lancé à ses adversaires suffit à les maîtriser et à leur briser les jambes.

Il réussit à faire encore mieux que Rocky, car pour arriver au même résultat, Cannon ne dépense pas autant d’énergie que son rival bodybuildé. 

Les chercheurs de LACN ont réussi à calculer l’énergie calorifique dépensée pendant une scène de bagarre filmée devant un huissier de justice. 

Pour arriver au même résultat, c'est-à-dire mettre KO son adversaire direct, Rocky dépense 2503 calories et 28 décilitres de sueur nauséabonde lors d’un combat de 10 minutes, quand Cannon ne dépense en 4 minutes de combat que 307 calories et 0,4 décilitres de sueur. 

Tout çà, grâce à son arme secrète, son fameux coup de ventre. 


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Seul Bud Spencer peut rivaliser avec Cannon mais n’arrive tout de même pas à son niveau avec 1312 calories et sans mettre KO son adversaire, car il ne parvient à lui donner que des gifles.

Avec Cannon, on ne la ramène pas. Mais pourquoi tant de haine ? 


Une performance de scénariste

Les producteurs ont réussi à créer un personnage sombre et imposant, marqué par des traits de caractère bien trempés. C’est la règle du succès. 

Cannon est en effet un ancien lieutenant de police du LAPD qui décide d’ouvrir un cabinet de détective privé pour arrondir ses fins de mois et surtout lui permettre de soutenir son train de vie élevé ; la préparation de ses repas pantagruéliques et l’entretien de sa Lincoln Continental.

A la base du succès de la série, les scénaristes ont réussi à créer un personnage foncièrement juste et attachant. 

Affublé d’un embonpoint qui va au fil des épisodes devenir plus qu’une force. Cannon s’affiche comme un vieux loup solitaire depuis la disparition tragique de sa femme et de son fils au cours d’un accident de voiture. 

Un spectre qui le hante souvent (et dont on faire référence dans un épisode de la saison 5) mais qui le pousse à avancer et à défendre la veuve et l’orphelin… 

Et au moins il ne viendra pas nous pomper l’air avec « c’est ma femme qui va être contente», comme on le voit dans chaque épisode de Columbo… Voilà des traits de caractère qui vont le rendre très populaire au fil des épisodes.


Un galant homme ?

Face à des héros séducteurs ou chauds lapins, Cannon joue la carte de la galanterie. Face à la certitude froide et esthétique d’autres héros bodybuildés, Cannon joue la carte de la fragilité et de la tendresse, sauf devant les criminels auxquels il a affaire. 

Car c’est une fragilité qu’il faut relativiser : intérieurement c’est un killer désabusé devenu cynique par nécessité. Voilà pour le portrait psychologique du héros. Pas mal non ? 

 A la base de la série, on trouve le producteur à succès Quinn Martin, qui peut s’enorgueillir d’avoir été à l’origine de nombreuses séries à succès des années 60 comme « le fugitif » ou « les envahisseurs ». 

Pour l’écriture de « Cannon », il fait appel a un ami, car il a épuisé le 50-50 et l’avis du public. Il choisi Edward G Hume avec lequel il a collaboré justement sur « le Fugitif » et qui a travaillé sur l’adaptation à l’écran de la série « les rues de San Francisco ». L’équipe invente le personnage de Cannon. 

Succès en série

Le pilote est tourné en janvier 1971 au Nouveau Mexique et diffusé le 26 mars 1971 sur CBS. Il fonctionne plutôt bien et le tournage est donc lancé pour une programmation à partir de septembre de la même année. 

La série est diffusée dès le 14 septembre 1971. L’aventure durera 120 épisodes jusqu’au 3 mars 1976 où elle s’arrête. 


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Elle sera ressuscitée à plusieurs reprises sous la forme de téléfilm « revival » dont un épisode intitulé « le retour de Frank Cannon » en 1980 et plusieurs crossover avec une autre série de la franchise Quinn Martin, intitulée « Barnaby jones » dans laquelle Cannon fait de nombreuses apparitions remarquées.

Au plus près de la réalité

A chaque fois dans ses épisodes, Cannon est confronté à de nouvelles situations et ses enquêtes sont le prétexte facile pour découvrir des milieux assez hétéroclites, dans lequel la carrure de notre héros ne passe pas inaperçue. 

On peut ainsi le voir suivre une enquête dans le milieu du rodéo, de la musique country ou celui des assurances. 

Il est confronté à des bikers et aussi à des vedettes de cinéma. On ne le voit pas hélas suivre une enquête dans le monde de la publicité, il y aurai pourtant matière…

Quoiqu’il en soit il s’en sort toujours avec grâce quelles que soient les circonstances.


L'efficacité au rendez-vous

Avec cette formule, le succès d’audience est manifeste. De plus, la série profite de l’apparition de grands noms pour jouer des seconds rôles. On retrouve ainsi le jeune Mark Hamill (qui deviendra plus tard Luke Skywalker), David Soul (qui deviendra plus tard le bouillant Hutch de Starsky, et qui deviendra ensuite saoul), Martin Sheen (qui deviendra plus tard drug addict), Leslie Nielsen (le King), Roy Sheider (pâte à mâcher dans « les dents de la mer ») ou encore Richard Anderson (plus connu sous le pseudo d’Oscar Goldman), bref de quoi augmenter sérieusement la masse salariale …

Et plomber la marge brute !

Une personnage emblématique

Le pilier de la série, celui qui la porte sur ses épaules est évidemment Frank Cannon. Pour incarner ce héros de poids, il fallait évidemment un acteur de gros calibre. 

Les producteurs ont donc confié le rôle principal à William Conrad, le seul à pouvoir selon eux faire de ce gros détective un vrai héros. 


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William Conrad, c’est 130 kilos d’Actors Studio à lui tout seul, un physique imposant, un regard noir profond et glacial, une présence déstabilisante et surtout une voix grave et caverneuse venant tout droit des enfers, sauf pour la version française, doublée par une femme. Ce qu’on appelle si justement l’exception culturelle Française.

Sa voix est d’ailleurs la deuxième chose que l’on remarque chez lui quand on le rencontre, mais c’est surtout ce qui va le mener bien loin dans sa carrière. 

William Conrad est en effet reconnu pour avoir tout d’abord été la voix du narrateur de la série du « Fugitif ». Une voix bien grave qui terrorise même les terroristes. 

C’est grâce à elle qu’il se fait connaître et commence sa carrière. Il débute en effet dans un feuilleton radiophonique et incarne le Marshall Matt Dillon dans la série « Gunsmoke » diffusée de 1949 à 1960, et qui servira de base à la série TV Gunsmoke en 1955. On le retrouvera narrateur de nombreuses autres séries à suspense comme « The city » (avec Mark Hamill), ou « la conquête de l’ouest ».

Une carrière énorme

Né le 27 septembre 1920 à Louisville (Kentucky), et aîné d’une famille de 6 enfants, dont il a la charge à la suite du divorce de ses parents, le petit William se fait immédiatement remarquer. 


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Sa voix caverneuse est presque le premier organe qu’il va faire fonctionner dès le plus jeune âge (après son estomac). Il s’en servira à loisir pour terroriser les filles dans la cours de récré. 

Rapidement rejeté parce qu’il fait l’idiot, il se renferme très tôt sur lui-même et commence à combler un manque affectif par la nourriture. Obligé de faire la cuisine tout seul chez lui pour ses trois frères et ses deux sœurs, sa maman étant souvent absente pour son travail, il développe une passion pour l’art culinaire, une passion qui ne le quittera plus.

Il travaille très jeune pour subvenir aux besoins de sa famille et, galvanisé par son premier boulot chez KFC, Il décide d’entamer à l’adolescence une carrière de chef cuisinier. Il part quelques années plus tard pour Hollywood pour travailler dans un restaurant. A l’époque la Californie est l’eldorado des cuisiniers.

Mais son goût pour les blagues et les canulars téléphoniques le font vite remarquer. On lui propose une audition pour un rôle de policier. 

Examen réussi ! Il commence alors sa carrière cinématographique dans « the killers » de Robert Siodmak en 1946 ou son organe fait encore des ravages. 

On trouve un don dans sa voix rocailleuse, du coup sa carrière d’acteur est lancée, et s’accompagne également de fort belles prestations de narrateur, dans plusieurs séries et dessins animés.


#LACN revient sur la carrière de William Conrad, détective de poids en la personne de Frank Cannon


Sa renommé lui permet de jouer le rôle fameux de Frank Cannon, celui qui lui fera décoller définitivement sa carrière. On le retrouvera également en 1987 dans une autre série renommée « la loi est la loi » aux côté de Joe Penny vue dans Riptide

C’est le 11 février 1994 qu’il s’éteint à Hollywood, victime d’une crise cardiaque dans sa cuisine en préparant un de ses fameux repas. 

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