L'amour du fric

C'est mercredi, jour du cinéma-ravioli, alors, on bouge ses petites pattes, on prend la clé du grenier et l'on va y jeter un coup d'oeil. Et là, c'est l'Amour du risque !

jonathan et jennifer, pour l'amour du risque et de LACN


Prime à l'effet de mode

Puisqu’il semble que, depuis quelques années, les couples richissimes (légitimes ou pas), les voyages en jet privé, les séjours dans des palaces ou sur des yachts ultramodernes aux frais de la Princesse soient revenus à la mode pour nos élites financières et politiques, LACN a décidé de suivre la tendance.

Le brouillon de cet article est donc écrit avec un stylo Mont Blanc, modèle Meisterstück Solitaire Royal Diamants Noirs (capuchon et coque en or blanc 18 carats, sertis de 4654 diamants noirs traités et plume en or blanc 18 carats plaquée platine). 

Un stylo offert lors d’un récent séjour en Corrèze par un politicien local mais normal dont je préfère ne pas parler. (Rassurez-vous, c'est vos impôts, alors merci à vous).

Cette référence subtile nous servira pour vous introduire dans le monde feutré et merveilleux de la très haute société, incarné à la télévision, non pas par le journal de 20h de France 2, ni par un couple présidentiel en décrépitude de chignon, mais par un couple hautement plus modèle, car mû par l’amour et le risque, et incarnant des vraies valeurs.

Prime à l'amour

Ils aiment l’amour, ils aiment le risque, ils aiment L’AMOUR DU RISQUE

Le mot est donc lancé : L'AMOUR DU RISQUE. 

Ce qui marque au premier abord, c'est le générique, resté depuis dans toutes les mémoires. 

Il suffit de prononcer le titre pour que le refrain s’enchaîne immédiatement, fruit de milliers de diffusions TV depuis une bonne vingtaine d’années. 

C’est à Lionel Leroy et son organe unique que nous devons hélas ce phénomène, lui qui a collectionné les tubes d’ULYSSE 31 à L’AGENCE TOUT RISQUE en passant par STARSKY ET HUTCH, pour finalement sortir avec Sheila et gérer sa carrière... 

Cela s'appelle la spirale de la défaite ou la descente aux enfers...

l'équipe de l'amour du risque pose pour LACN
De retour de la visite chez le Véto. Tout va bien.

Série emblématique

Mais cette série est autrement plus marquante par ses interprètes cultes qui l'ont portée sur leurs épaules dès le pilote même. 

Trois personnages mythiques phagocytent l’écran par leur charisme magnétique. De Stefanie Powers à Robert Wagner en passant par l’inénarrable Lionel Stander déguisé en majordome truculent, nous avons sous les yeux la classe et le bon goût des années 80 dans ce qu’elles ont de plus chic. Stéphane Bern en a les ventricules qui palpitent de bonheur.

Evidemment, inutile de revenir sur le kitch suranné de l’époque des golden boy de ces fabuleuses années, quand exhiber sa fortune et parler d’argent n’avait rien de choquant ni de sale.

Enfin un élément restera emblématique de ce show : la coiffure monumentale et les tenues qu’arborait Jennifer Hart alias Stefanie Powers

Une leçon de mode dans le même registre esthétique que Rosy Varte dans MAGUY, c’est dire le témoignage historique que permet de transmettre cette série auprès des futures générations.

Bref, tous ces éléments sont ancrés à jamais dans les mémoires des téléspectateurs de l'époque.


J'hésite entre le suprême de volaille et le caviar

Aux origines du succès

Anecdote principale, cette série aura mis trois bonnes années pour franchir l’atlantique et arriver en France. 

Le 11 juillet 1982, L’AMOUR DU RISQUE apparaît sur TF1 et le public français fait la connaissance de ce couple de milliardaires et de son train de vie pharaonique. 

Une hérésie dans un pays alors socialiste où les lendemains de fête ont plutôt le goût du pain rassis et de l’eau croupie et où la répartition des richesse s'effectue depuis un an sur le modèle socialiste, c'est à dire dans les poches des gouvernants de gauche, soi-disant pour le bien du peuple. A croire qu'aujourd'hui rien n'a changé au passage...

Commandée en 1979 pour la chaîne ABC par le producteur Aaron Spelling, la série est créée par Sidney Sheldon d’après THE THIN MAN (Nick l’introuvable en v.f.). 

Il s'agit alors d'une ancienne idée de Dashiell Hammet, adaptée ensuite dans les années 30 et 40 sous la forme de plusieurs longs métrages. 

A cette époque, ceux-ci mettent alors en scène un couple de détectives emmené pas William Powell et Myrna Loy. Entre 2 anecdotes conjugales, ils résolvent des énigmes dans la joie et la bonne humeur avec l’aide de leur chien Astra. C'est le chien qu'on Opel Astra.

Aaron Spelling reçoit donc le pitch début 1979 et crie au plagiat en voyant que Sheldon lui propose de reprendre l’idée du chien en l’appelant Freeway

Il demande alors à son ami Tom Mankiewicz, scénariste de plusieurs James Bond, d’y ajouter quelques ingrédients novateurs et percutants afin d’assurer une dynamique à l’œuvre.


Refonte totale de la série

Tom définit dès lors une nouvelle charte dramatique qui respecte un catalogue de conditions très précises et qu’il suggère à Aaron Spelling pour approbation. 

En exclusivité dans l’histoire de la création télévisuelle, LACN s’est procuré le brouillon du prototype de cette charte corrigé de la main même d’Aaron SpellingOn peut y lire effectivement les annotations portées au stylo Bic rouge par le producteur. 

On voit ainsi qu’il accepte par exemple les suggestions de Mankiewicz d’augmenter le niveau de fortune du couple, de mettre plus de champagne, plus de voitures de luxe, plus de charme et de classe, plus d’action et plus d’humour et de dérision. 

Le producteur notera dans la marge le mot « autodérision » et « amis des animaux ». En revanche le mot « plus de putes » est rayé par Mankiewicz lui-même, et souligné d'un trait de Bic rouge par Spelling. On s'interrogera longtemps sur cette signification si bien que dans le doute, les putes n'ont pas été ajoutées au script. Dommage.

En revanche certaines suggestions de Mankiewicz seront clairement refusées par Aaron Spelling, notamment des notions floues inscrites sur le brouillon comme « détournement d'argent » et « bains de caviar » ou encore « zoophilie », « adultère », « corruption », « mariage raté », « nudité », « espionnage international », « socialisme », « communisme » ou encore « mafia ». 

Ce regard nouveau nous éclaire sur ce qu’aurait pu devenir la série si la production n’avait pas imposé une certaine ligne de conduite.

le couple richissime pour LACN
Chérie, tu es sûre qu'on était invités à une soirée country ?

L'originalité de la série

L’AMOUR DU RISQUE, c’est donc l’histoire de Jonathan et Jennifer Hart, qui vivent dans l’opulence mais qui savent rester simples, ce à quoi on croît immédiatement. 

Ils s’aiment toujours comme au premier jour, se couvrent de cadeaux somptueux et sont réveillés le matin dans leurs draps de soie par Février (Freeway en v.o.), le chien qu’ils ont recueilli, et par Max, le majordome octogénaire qu’ils ont aussi recueilli, un fin cordon bleu toujours serviable, redevable et méritant.

Voici donc jetées sur le papier les bases de cette série. Le couple, fruit de la rencontre entre un businessman multimilliardaire et une ancienne journaliste, sera donc cool et zen, et ne râlera pas lorsque son jet privé aura 5 minutes de retard sur l’horaire prévu. 

Il se caractérisera par son grand cœur et son empathie pour les nécessiteux, les miséreux, les pauvres, les Roms, les migrants, les musiciens et les gens de peu, ceux qui ne sont rien, les ch'tis auss, les illettrés. 

Mais surtout, par son sens de la justice et de l’honneur. De là à les conduire sur le chemin des détectives privés, il n’y a qu’un pas, que les scénaristes s’empressent de franchir allègrement sans autres explications.


Bienvenue chez les riches

Grâce à L’AMOUR DU RISQUE, le public a la possibilité d’effectuer une magnifique plongée dans le monde merveilleux des riches. 

Nous découvrons alors que Jonathan et Jennifer ont une vie trépidante mais tourmentée par d’innombrables contraintes et difficultés. 

Pourtant ils font fi des pièges et foncent tête baissée, propulsés par leur amour dans le but de répandre la vérité et surtout, d’occuper leur temps libre.

En effet, tout est dit si l’on écoute attentivement les paroles du générique qui nous dévoilent même jusqu’à leur devise : 


L’amour pour mieux risquer, le risque pour s’aimer. 

Eh oui, car « C’est vraiment leur grande affaire, faire la vie dure aux gangsters » et surtout, « C'est le danger sans limite, que cherchent les deux milliardaires ». 

Du coup, les voilà qui naviguent souvent en eaux troubles, confrontés à la pègre ou à tout ce que l’âme humaine a de plus sombre. 

Devant nos yeux effarés, nos deux héros font face à des chantages, des complots, des kidnappings, des affaires de drogue, des harcèlements de toute forme, des cambriolages et surtout, des assassinats. 

Ceux-ci comptent parmi les évènements les plus fréquents au voisinage immédiat de notre couple.

monaco et l'amour du risque pour LACN
Faudrait dire à Robert que la R25 est garée en double file

Assassinats kitchs

Heureusement, ils se déroulent par définition dans les ambiances les plus luxueuses et cosy. 

Les intrigues nous offrent la possibilité de suivre Jonathan et Jennifer dans leur ranch, à l’opéra, dans leur vignoble, dans leur chalet à la montagne, sur leur yacht (et pas sur celui d'un ami), dans de nombreux grands restaurants, ou dans leur hôtel avec tous leurs amis. 

Nous voyons même Jennifer chez son coiffeur, le même que Madame Magui, ou bien faire son shopping à Manhattan. 

Et là, systématiquement, la voilà témoin d’un meurtre ou d’une mort inexpliquée. 

Nous parcourons le monde à leurs côtés pendant leurs vacances paradisiaques, des Bahamas à Hawaï, des îles Maui au Mexique, de Londres à Paris. 

Evidemment, des vacances bouleversées à chaque fois par un crime inattendu. 

Leur capacité à se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment est particulièrement stupéfiante et agaçante ; il suffit même que notre couple de stars boive un verre au bar de l’Hôtel de Crillon pour qu’un policier ivre vienne les menacer de son arme en invectivant le pianiste.

Et c’est peu dire que les auteurs s’en donnent à cœur joie. Tantôt un crime à base de champagne, tantôt des jouets meurtriers, tantôt une boîte de chocolats empoisonnée, viennent punir la plupart du temps un mari adultère ou une femme trompeuse dans l’entourage du couple.

Rebondissements à gogo

Nous avons également droit à des méprises ou des quiproquos qui peuvent parfois avoir de bien fâcheuses conséquences : tantôt des pierres précieuses dissimulées dans une statuette que Jonathan souhaite acheter à prix d’or pour sa femme, ou de l’or caché dans une voiture de collection que Jonathan souhaite offrir à sa gracieuse épouse. 

Bref, que des cadeaux empoisonnés…

Le tout sur fond de haute société et devant l’œil amusé de Max, l’homme à tout faire de la famille, qui observe de loin, mais d’un œil lubrique, les ébats de nos deux amoureux. Difficile de mener une vie simple lorsque l’on est entouré par ce duo incandescent. 

Le voilà donc à son tour souvent propulsé dans les intrigues comme témoin ou comme protagoniste. Mais il n’est pas le dernier à jouer des poings malgré son grand âge et son arthrite.

Un casting de rêve

Pour incarner cette triplette magique, Aaron Spelling et ABC ont immédiatement porté leur dévolu sur le flegme et la prestance de Robert Wagner et sur le charme torride et la coiffure lumineuse de la jeune Stefanie Powers

Quant à Lionel Stander, son âge avancé et sa bonhommie taquine en faisaient le candidat idéal pour incarner Max. 
terrasse au soleil pour le coupe de riches sur LACN
Ils sont à la Coupe du Monde au Brésil

Lionel Stander surfait en effet dans le box office sur la vague de son interprétation dans le film 1941 de Steven Spielberg et profitait de sa notoriété acquise grâce à une carrière bien remplie avec des films comme IL ETAIT UNE FOIS DANS L’OUEST de Sergio Leone, NEW YORK NEW YORK de Martin Scorcèse ou encore L’EXTRAVAGANT Mr DEEDS de Franck Capra.

Robert Wagner, quant à lui, était apparu avec succès sur les écrans dans LA TOUR INFERNALE et LA BATAILLE DU MIDWAY ainsi que dans la PANTHERE ROSE de Blake Edwards.

Stefanie Powers, elle, s’était fait une réputation dans plusieurs séries qui l’avaient propulsée sur le devant de la scène avec notamment des rôles inoubliables dans L’HOMME QUI VALAIT 3 MILLIARDS, SUPER JAMIE ou LES RUES DE SAN FRANCISCO.


L'histoire de la série


Apparue le 25 août 1979 sur ABC, la série connaît immédiatement un succès considérable. Elle entraine dans son sillage des audiences élevées dignes de DALLAS et qui vont donner à Aaron Spelling l’idée d’exploiter ce créneau avec DYNASTY.

Le show durera jusqu’au 22 mai 1984, soit l’équivalent de 5 saisons enregistrant un total de 112 épisodes de 60 minutes. 

Le programme connait un succès phénoménal et profite même de l’attraction exercée par les séries policières concurrentes, en commençant par MAGNUM, mais surtout par DALLAS dont il copie les codes.

Mais ABC veut faire plus pour concurrencer CBS. Du coup la surenchère dans les intrigues et sur les lieux de tournage va être fatale au budget de la série qui atteint des dépenses somptuaires en 1983. 

Le rapport entre les recettes publicitaires et les coûts de production de la série deviennent peu à peu totalement défavorable et ABC s’alarme fin 1983.

Mais pour les auteurs et Aaron Spelling en particulier, il est déraisonnable de revenir sur le cahier des charges de la série en demandant aux Hart de se serrer la ceinture, de diminuer leur train de vie, de sous-louer le palais de Saddam Hussein, de refourguer la Mercedes rouge décapotable, de vendre leurs bijoux de famille et surtout de se séparer du chien et de Max pour cause de dégraissage de petit personnel.

le couple et le chien sur LACN
Fin de la cinquième saison, avec la reconduite du chien à la frontière
Or il s’avère qu’à l’époque, ABC et Aaron Spelling ont un autre bébé à développer, qui demande davantage d’attention et qui devient rapidement prioritaire car s’attaquant en frontal à la concurrence générée par le programme phare de l’époque, DALLAS. 

Le développement de DYNASTY prend alors le pas sur L’AMOUR DU RISQUE et par conséquent commence à lui soustraire de plus en plus de ressources. Un choix est donc effectué en 1984, année où débute la dernière saison. 

Le show prendra fin et ne sera pas renouvelé, au grand dam des fans qui signeront pétitions sur pétitions sans résultat. 

Heureusement, il reste l’export et la France où les exploits du couple feront rêver les ménages les plus modestes sur TF1 dès le mois de juillet 1982, jusqu’à aujourd’hui sur TV Breizh...


This is the end

La période suivant l’arrêt de la série est l’occasion pour Lionel Stander de prendre une retraite bien méritée. 

On le voit faire une apparition aux côtés de Peter Falk dans le film COOKIE en 1989 puis dans THE LAST GOOD TIME en 1994 qui marque son dernier rôle à l’écran avant d’être emporté la même année par un cancer du poumon.

Stefanie Powers connaît une filmographie tout aussi réduite après la série, puisqu’elle n’apparaît qu’en 2006 dans RABBIT FEVER, un film direct to video. Il faut dire que sont temps est consacré à gérer ses œuvres caritatives de son défunt mari.

robert wagner dans NCIS sur LACN
Robert Wagner, papa gateau dans NCIS
Le seul à avoir poursuivit sa carrière devant les écrans est Robert Wagner, dont les rôles les plus marquants l’ont été dans la saga AUSTIN POWERS où il joue Numéro 2, mais aussi dans THE PLAYER de Robert Altman en 1992 puis dans LES ADVERSAIRES de Ron Shelton en 1999. 

On le voit ensuite en guest dans des séries TV comme MON ONCLE CHARLIE, BOSTON JUSTICE, LAS VEGAS, et LES ARNAQUEURS VIP. On a pu l’apercevoir dans MAN IN THE CHAIR de Michael Schroeder aux côtés de Christopher Plummer

Le controversé mari de Natalie Wood apparaît également à plusieurs reprises dans NCIS dans le rôle du père de Tony. Voilà qui vient couronner une carrière particulièrement fournie. 

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